La fibre politique de Keith Haring à Rotterdam

Publié le Mis à jour le

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Vue de l’exposition au Kunsthal à Rotterdam (photos AL)

D’abord exposée au Centquatre et au musée d’art moderne de Paris en 2013, l’exposition The Political Line vient de trouver sa place sur les murs du Kunsthal à Rotterdam. Cent-vingt oeuvres mettent l’accent sur les nombreuses implications sociales et politiques que Keith Haring a manifesté dans son art. Si le sida ne l’avait emporté, l’artiste emblématique des années 80 aurait 57 ans aujourd’hui. Référence de la culture urbaine, son style et ses idées continuent à influencer.  

Salle après salle, entre épure et profusion, entre individu et masse, la verve, le talent et l’engagement de Keith Haring se déploient sur les murs du Kunsthal à Rotterdam. Son optimisme aussi, sur fond de coups de gueule picturaux et de visions tourmentées. Etant donné la thématique de cette exposition intitulée The Political Line, ce ne sont pas ses oeuvres les plus légères qui sont ici présentées. Moins de bébés joyeux et de personnages facétieux, plus de représentations grinçantes, mordantes ou satiriques de la société où il évolue. Croix, dollars, couronnes, pistolets, bâtons, pénis…, s’ajoutent à son vocabulaire graphique.

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Les années défilent, le trait est de plus en plus sûr, les couleurs de plus en plus éclatantes et les formats de plus en plus grands. Avec ses dessins inspirés du graffiti et proches du cartoon, ses traits arrondis et ses personnages récurrents (dont les ventres sont souvent traversés par des chiens, des croix, des poings), il compose des oeuvres percutantes et parfois violentes. Contestataires et engagés, ces tableaux n’en dégagent pas moins une énergie et un mouvement qui en font un vrai spectacle visuel.

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Sur toiles, bâches, métal, planches…, les méfiances et les désaccords de cet artiste attaché à la justice sociale et à la liberté individuelle s’affirment contre les pouvoirs en général : le capitalisme et sa suprématie, la société de consommation, la religion, le nucléaire, les guerres, la ségrégation. Non sans préoccupations environnementales. « C’est l’humain qui détermine l’avenir de sa planète. Nous avons le pouvoir de détruire et de créer » écrit-il dans son journal dont d’intéressants extraits sont affichés sur les murs.

Dans le contexte politique de cette décennie en mutation, à la fois rose fluorescente et mouvementée, un pan du New-York des années 80 et de la culture alternative est représenté. Convaincu que l’art est une histoire collective et doit s’adresser à tous, le copain de Basquiat et Warhol est souvent intervenu dans l’espace public, notamment dans le métro. Des fresques murales réalisées à Sydney, Melbourne, Rio de Janeiro, Minneapolis, New York, Berlin, Pise…, ont laissé son empreinte dans le monde entier.

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Comme beaucoup d’artistes de cette époque où le VIH a fait des ravages, Keith Haring est décédé du Sida en 1990, à 31 ans. Il s’était aussi engagé dans la lutte contre cette maladie. D’abord présentée à Paris en 2013 et à San Francisco en 2014, l’exposition est ici complétée par des éléments liés à sa venue aux Pays-Bas. L’artiste avait en effet réalisé en 1982 à Rotterdam, sa première grande exposition hors USA. Cette sélection, comprenant de nombreux tableaux prêtés par des collectionneurs privés, offre un autre regard sur cette oeuvre vibrante. Plus profond.

Anne Leray

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The Politic Line est à découvrir jusqu’au 7 février 2016 au Kunsthal, Westzeedijk 341, 3015 AA Rotterdam, Pays-Bas, +31 10 440 0301. http://www.kunsthal.nl/


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