Sarah Lauret : « Le clown met ses ombres en lumière »

Publié le Mis à jour le

sarah+oliv
Quand Sarah Lauret devient Rosalie

Violoncelliste et clown, cheminant entre l’art et la thérapie, Sarah Lauret vit et travaille à La Haye depuis cinq ans. Elle évoque ici cet art burlesque, à la fois léger et grave, qu’est le clown. Et explique ce qu’il se passe lorsqu’elle enfile son nez rouge pour se glisser dans la peau de son clown à elle, nommé Rosalie.    

Née à Paris, maman de deux enfants, violoncelliste, clown, enseignante et praticienne, Sarah Lauret se compare à un ingénieur du son devant sa table de mixage. « J’actionne les manettes, j’essaie de trouver un équilibre. J’ai besoin de faire plusieurs choses et pour moi tout va dans la même direction : la transmission et la créativité ». Diplômée de plusieurs conservatoires de musique, ses études et ses concerts l’ont fait voyager en Europe et dans le monde (Inde, Vietnam, Afghanistan, Liban, Jordanie). En 2010, c’est à La Haye qu’elle a choisi de venir vivre en famille. Elle a créé sa société, qu’elle a appelée Deux regards pour mettre en relief les ponts qu’elle construit entre l’art et la thérapieProdiguant des ateliers autour d’un concept joliment appelé la méthode de libération des cuirasses (MLC), cette artiste en mouvement perpétuel n’est jamais aussi clown que lorsqu’elle enfile son nez rouge et monte sur scène. Entretien.

De quelle façon avez-vous rencontré Rosalie, votre clown ?
Je suis arrivée au clown par le travail du masque. J’ai fait un stage de masques balinais et de comedia dell’arte. Il y avait le moulage du nez de clown de l’un des frères Fratellini. Je l’ai mis et il y a eu quelque chose d’évident, un coup de foudre. Par la suite, je n’avais qu’une idée en tête, expérimenter cela. Je voulais faire l’école Lecoq mais j’ai finalement suivi une formation de clown à Montreuil avec Ami Hattab, l’un des clowns du Rire médecin, association qui intervient dans les hôpitaux. C’est l’un de mes rêves d’ajouter un jour cette casquette à mon travail, mais être clown auprès des malades demande une grande maturité émotionnelle et du recul. Je préfère attendre que mes filles soient plus grandes.

Comment décririez-vous votre clown ?
Au début c’était quelqu’un d’assez timide puis je l’ai vu grandir. Il est très spontané, il peut faire des colères, et dit tout ce qui lui passe par la tête. Il est dans l’excitation, le mouvement, il est très impulsif. Il traverse aussi des phases plus contemplatives. Observant ce qui l’entoure, il est souvent surpris par son environnement. Il ne parle pas mais grommèle. Au départ il était muet, puis il est devenu très bavard.

Que veut-il nous dire ?
Que la vie est quelque chose de merveilleux et précieux. Que tout ce qui peut arriver, peut énerver, fait partie de la vie, et que c’est important de l’exprimer, que chacun a sa place. Le clown pour moi est à l’écoute de son ressenti, il est ouvert sur le monde, curieux de tout. Il reçoit les informations de manière émotionnelle et nous les retransmet.

Le clown de théâtre n’est pas qu’un comique, il peut aussi exprimer des choses graves…
C’est là tout l’art du burlesque. Le clown est un être à la fois profond et léger. C’est la part d’enfant qu’on a en nous qui s’exprime. Il regarde le monde avec des yeux d’enfant et la distance de l’adulte.

En quoi le clown peut faire du bien au public ?
Il renvoie à nos peurs, à l’humanité qu’il y a en chacun de nous. Rire de l’autre permet de s’accepter un peu plus. Le clown emmène le public dans un univers, développe l’imaginaire, fait rêver et amène à se questionner. Quand je vais voir un spectacle, j’ai personnellement besoin de quelque chose qui va me permettre de réfléchir à l’humain.

Il joue un rôle libérateur ?
Oui. Il y a les barrières qu’on se met en tant qu’adultes, les codes sociaux, professionnels, les pressions parentales… Quand on grandit, on se construit avec toutes les cuirasses dont on a besoin pour se protéger et vivre. Le clown libère, laisse s’exprimer la part créative qu’on a en nous. Il aide à se connaître mieux et à oser être de plus en plus soi-même.

Comment faites-vous pour vous mettre dans la peau de votre clown ?
Je mets mon nez rouge. C’est un passage obligatoire. C’est dans le corps que ça se passe, dans la mémoire du corps. Le nez fait passer du réel au monde du spectacle avec la permission d’exprimer des choses qu’on ne se permettrait pas en dehors. Il y a un temps de préparation corporelle, comme avant un concert : il faut entrer en soi. C’est un costume qu’on met, qui est à l’intérieur, ce n’est pas juste le costume du personnage. Le clown a son caractère, il a une attitude, une façon de marcher et de respirer qui lui est propre.

Etre clown, c’est aussi marcher sur un fil, celui de l’écoute et de l’improvisation ?
Ce qui m’intéresse, c’est oser, faire le pas, aller sur scène, c’est la prise de risque. On ne sait jamais quand le public va rire. On prend ce qu’il donne et on l’intègre directement au spectacle. Il y a un vrai échange. Le clown a besoin du public, il ne peut pas vivre sans les autres mais il n’a pas cette peur de mal faire. S’il a quelque chose à dire, il l’exprime, il est entier. Il rit de ses maladresses, met ses ombres en lumière et les célèbre.

Vous êtes en train d’écrire un spectacle qui verra le jour à La Haye. Seule en scène, vous serez aux prises avec votre clown et votre violoncelle. C’est la rencontre et l’histoire de vos deux amours artistiques ?
On peut dire ça. Le spectacle va s’appeler Rencontre. J’ai commencé à travailler dessus en 2014 avec Valérie Faucher, metteur en scène du GEST à La Haye. C’est un peu un résumé idéalisé, transformé, raconté, de mon parcours. La rencontre, le dialogue entre la musique et le clown. Le violoncelle prend d’abord toute la place, devient autoritaire et dictateur. Après une dispute, un rejet, comment les retrouvailles peuvent-elles se faire ?

Propos recueillis par Anne Leray

Contact : 06 40 82 30 87 / email: lesdeuxregards@gmail.com / site Internet : www.deuxregards.com

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s