Regards sur les Pays-Bas avec Sylvain Lelarge : « Il y a des ciels qui nous portent aux cieux »

Publié le Mis à jour le

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Sylvain Lelarge (photo DR)

Ils sont Français, vivent aux Pays-Bas depuis plusieurs années ou quelques décennies et nous livrent leurs points de vue personnels sur le pays. Enseignant installé en Hollande depuis trente-cinq ans, Sylvain Lelarge y a fait pousser ses racines. Rencontre.  

Polyglotte enseignant le français, toujours friand de nouvelles connaissances, il aime partager ses découvertes et ses curiosités à travers les cours qu’il donne, les livres qu’il écrit, et les pages Facebook qu’il anime. Enthousiaste et affable, Sylvain Lelarge a volontiers accepté de parler du plat pays qui est devenu le sien.

Dans quel contexte êtes-vous arrivé aux Pays-Bas ?
Lorsque j’avais 22 ans, je vivais en Ecosse et j’ai rencontré une Néerlandaise. J’ai décidé de venir vivre avec elle aux Pays-Bas et nous sommes restés vingt ans ensemble. Je ne m’étais alors même pas demandé quelle langue on parlait ici, et mon anglais était douteux. Ce qui donne la mesure de l’inconscience de ma génération.

Qu’est-ce qui vous a sauté aux yeux en premier et qu’avez-vous ressenti en arrivant ?
Ce qui m’a sauté aux yeux au début, c’était surtout ma femme ! En arrivant dans un nouveau pays, il y a toujours un moment de dépaysement agréable puis le mal du pays peut se manifester. J’ai eu des années assez dures au début car je ne parlais pas néerlandais et j’avais décidé de ne pas parler anglais. J’ai donc vécu une sorte de « no speak land » qui était extrêmement désagréable. On sent son cerveau rouiller. Les pensées sont en effet soutenues par la langue. Je n’ai jamais pris un cours, cela m’a pris quatre ans pour parler néerlandais. J’ai aussi été déprimé à un moment par le climat : c’est comme s’il n’y avait plus de ciel. J’ai appris à voir à travers les nuages. Lorsqu’on arrive de France, on peut aussi avoir l’impression de vivre dans un entonnoir. Les Néerlandais aiment la nature car ils ne l’ont pas vraiment. On ne peut pas comparer le parc national du Weluve à l’Auvergne par exemple.

Quel adjectif employer pour décrire une ville comme La Haye ?
La Haye est un drôle de poisson. Un poisson avec une petite tête et un gros corps. Le centre de la ville est excentré car sa tête est au Nord-Est. C’est une ville royale, avec une architecture que j’aime beaucoup, une ville balnéaire, chic, aérée, verte. J’aime vivre à La Haye.

Vous semblez justement vous sentir ici comme un poisson dans l’eau.
Oui je suis heureux ici car j’ai développé un métier que j’aime. Je donne des cours de français aux Néerlandais francophiles, je suis mon propre institut de langues, je ne dépends de personne. J’aime les langues, j’aime vivre à l’étranger.

Avez-vous à La Haye, des lieux, des espaces de prédilection ?
J’habite dans le quartier Bezuidenhout où je me sens bien. J’aime beaucoup Westbroekpark et sa roseraie, Meijendel et ses dunes, le Panorama Mesdag, panorama réalisé par le peintre du même nom, et des tas de petits musées intéressants.

Quelle est votre dernière sortie culturelle ?
Je sors peu mais à La Haye il y a L’Autre Pays du Théâtre qui programme des pièces de théâtre et j’aime bien.

Etes-vous devenu hollandophile avec le temps ?
Oui car comment peut-on vivre 35 ans dans un pays sans l’aimer ? La question est surtout : est-ce que je suis devenu Hollandais ?

Et quelle est la réponse ?
Disons que je suis 100% Français et 100% Néerlandais ! Les Néerlandais évidemment ne sont pas tous les mêmes. Il y a autant de différence entre quelqu’un d’Amsterdam ou de Maastricht, qu’entre un Ch’ti est un Provençal. Mais la franchise est un point commun des Néerlandais qu’il faut savoir apprécier. J’ai appris à savoir dire tout à tout le monde mais en y mettant les formes. Ce que je cherche c’est à harmoniser les qualités des deux pays en moi.

Un mot encore sur les Néerlandais ?
Les Néerlandais habitent dans un petit pays ce qui fait que les choses sont plus compactes qu’en France. Ils sont plus ouverts à l’Europe et au monde en général. Ils ont une tradition d’ouverture parce qu’ils en ont besoin et cela les a rendu riches. La France, comme la plupart des grands pays, est plus tournée sur elle-même, a moins besoin des autres. Et puis les Néerlandais sont francophiles alors que les Français ne sont pas néerlandophiles. Ils n’ont aucune connaissance des Pays-Bas.

Pourquoi aimez-vous ce pays ?
Pour plein de raisons. Il y a des choses de la vie pratique, j’adore les fleurs et on peut faire des bouquets à peu de frais. J’adore la bicyclette et c’est un plaisir d’en faire dans un pays qui la comprend, qui est fait pour, sauf quand on essaie d’aller contre le vent ! Pour les choses qui pourraient gêner comme le climat, je ne suis pas quelqu’un qui a besoin du soleil. J’adore les changements de météo, sentir le vent et la pluie. Il y a ici des ciels qui nous portent aux cieux.

Les Pays-Bas sont une monarchie, quelle(s) différence(s) voyez-vous par rapport à une république ?
Je me suis aperçu que la France est une république à tradition de royauté. Quand nous pensons à l’histoire, nous pensons à nos rois. Le président de la République française se donne des prérogatives qui outrepassent de loin celles du premier ministre ici, et même du roi et de la reine, même si quand il y a une crise politique c’est le roi ou la reine qui aident à la résoudre. Ici c’est une royauté à tradition républicaine. Je me sens plus libre et protégé dans ma liberté ici que je ne pourrais l’être en France.

Quelle tradition vous plaît particulièrement ici ?
Sans hésiter, c’est Sinterklaas (1), c’est fondamental. Le Père Noël pour moi est un pantin. J’adore les Rois mages, c’est une fête intime et amusante. Mais si je devais choisir une fête dans toute ma vie, c’est Sinterklaas. Les familles écrivent alors des poèmes qui peuvent critiquer gentiment un petit côté de la personne à qui ils l’offrent, la taquiner, tout en lui donnant un petit cadeau symbolique. La personne à qui le poème est destiné doit le lire à haute voix avant d’ouvrir le cadeau. Depuis que mes enfants sont bébés, je leur écris des poèmes à cette occasion. Dans quel autre pays que la Hollande voit-on un peuple qui se met à s’écrire des poèmes ? Sinterklaas peut aussi faire asseoir le roi sur ses genoux et lui parler comme un gamin. Sinterklaas est notre autorité morale, notre imam à nous !

Un bémol dans ce beau tableau ?
Oui il y en a quelques-uns. Je trouve par exemple que les Pays-Bas dans lesquels je suis arrivé au début des années 80 étaient très tolérants et sont en train de se durcir. On voit la même chose en Hongrie, en France, il y a une montée de la peur en Europe. Les gens veulent protester et au lieu de voter blanc, ils votent les extrêmes.

Pourriez-vivre ailleurs qu’aux Pays-Bas ?
Oui absolument, il y a des tas d’autres pays où j’aimerais vivre mais donnez-moi vingt ans de moins que j’aie le temps d’y faire mon trou. Si je devais retourner en France par exemple, il me faudrait cinq ans pour me recréer un biotope. J’ai 58 ans et je ne veux pas le faire. Je pense que je vais rester là, à La Haye.

Propos receuillis par Anne Leray

(1) Tradition très populaire aux Pays-Bas, Sinterklaas (appelé Saint-Nicolas en France), est fêté le 5 décembre.

Liens : www.talenvoortalent.nl et https://www.facebook.com/sylvainlelargetalenvoortalent

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