Laurent Lévy et son apéro-polar : « des auteurs beaux à mettre en bouche »

Publié le Mis à jour le

Photo 9 2015
Laurent Lévy, comédien : « Qui suis-je ? Plutôt quelqu’un de sympa »

Comédien pour la télévision, le cinéma et le théâtre, Laurent Lévy vit à Paris. Nouvel invité de La librairie nomade, qui concocte désormais des soirées littéraires à La Haye, il convie le public à un apéro-polar le samedi 30 janvier au Mallemolen Theater. Une rencontre sur mesure où il lira des extraits de romans policiers signés par des auteurs qu’il affectionne. Dans une interview tout sauf glaçante, Laurent Lévy avoue son penchant pour le policier et rend hommage au genre.  

Qui êtes-vous Laurent Lévy ?
Je suis comédien, un peu metteur en scène, je joue depuis l’âge de 15 ans. J’ai toujours considéré mon métier comme un artisanat, comme s’il fallait toujours remettre l’ouvrage sur le métier. Qui suis-je ? Plutôt quelqu’un de sympa, curieux des autres, de la vie, je m’intéresse à plein de choses, je suis un bon cuisinier, sociable, joyeux, inquiet de la vie normalement. Mais ça fait un peu annonce matrimoniale, non ?

Des signes particuliers ?
Pas très grand, nerveux, généreux. Enfin, vous verrez bien ! Je crois être un acteur un peu atypique, j’aime le contact avec le public, l’échange, les découvertes.

Etes-vous déjà venu jouer aux Pays Bas ?
Je suis venu aux Pays-Bas, mais jamais pour y jouer. J’ai une soeur danseuse et chorégraphe qui a travaillé avec Anne-Teresa de Kaersmaeker, j’étais venu la voir danser à Haarlem, et à l’opéra d’Amsterdam. Et l’année dernière, je suis venu écouter mon frère qui dirigeait Les Pêcheurs de perle, de Bizet, avec le Nord Neederlans Orchester, à Amsterdam. Il y a pile un an. Et là, c’est mon tour, na !

L’apéro-polar, c’est une formule qui vient de sortir ou un concept que vous expérimentez depuis quelques temps ?
Cette soirée est vraiment spécial La Haye ! J’ai concocté une soiré-lecture-découverte-curiosité. Un « one-shot » pour La librairie nomade. J’ai fait souvent des lectures. J’aime, par la voix, raconter des histoires, être en lien avec le public, avec la fragilité de la lecture au moment où on lit, un peu comme quand on voit des musiciens aux prises avec une partition de musique contemporaine. Cette soirée sera donc une expérience pour moi, avec le mystère de ne pas savoir comment seront reçus ces fragments de romans. Ce n’est pas une lecture avec un début et une fin. 

Il se trouve que cette soirée s’appelle ainsi, mais je joue en France un spectacle qui est vraiment un apéro-polar, un roman policier comme à la radio, en épisodes, avec résumé des épisodes précédents, tiré des aventures du Poulpe. Je ne désespère pas de pouvoir faire venir ce spectacle léger (2 acteurs, une table, 2 micros et plein d’accessoires) aux Pays-Bas.

Doit-on s’attendre à avoir des sueurs froides, les nerfs en pelote, à claquer des dents, à rire jaune, à éprouver un insoutenable suspense ?
Il y aura de la classe, du mystère, de la violence, de l’attente, du rythme, de l’émotion, de la tristesse, et surtout l’envie de lire. Mais le public ne doit s’attendre à rien, c’est la meilleure manière d’être surpris. Oui il y aura du suspense, comme ce ne sont que des extraits de romans. Mais je fais mienne la jolie phrase de Corneille: « Il faut laisser l’auditeur dans une agréable suspension ». 

« Réflexions politiques, goût de l’évasion, violence, érotisme, description souvent désespérée de la société, plaisir enfantin de l’histoire qu’on raconte… Le roman policier, dans toute sa diversité, offre souvent tout cela à la fois ».

Simenon, Doa, Manchette, Gaston Leroux et Maurice Leblanc. Pourquoi ces auteurs en particulier ? Ont-ils des points communs ?
J’ai cherché des auteurs de style. Qui sont beaux à mettre en bouche. Manchette ou Simenon sont le parfait exemple de cela. Une écriture nette, précise, ciselée. L’écriture de Gaston Leroux est formidable aussi. Rien que sur une phrase, ça fait tilt. « Et puis, le silence : la pluie a cessé de frapper les vitres ». C’est pas beau, ça ? J’ai cherché des auteurs qui montrent bien que le polar, c’est aussi de la littérature. J’ai éliminé des auteurs que j’aime mais qui, à haute voix, n’ont pas la même puissance, ou dont le style se déploie avec maestria sur un livre mais qui, en extrait, paraissent pauvres, moins efficaces. Il y aura en revanche un auteur très très très connu, qui a d’abord été publié dans Série Noire, avant de rejoindre la littérature générale…

Vous aimez le roman noir. Qu’est ce qui dans ce genre littéraire attise particulièrement votre fibre de lecteur ?
Je crois que c’est Borges qui disait que le roman policier redonnait une cohérence au monde. Il y a quelque chose de cela, sans doute, dans mon plaisir de lecteur. Je lis beaucoup de choses variées, du roman à la sociologie, de la philo à la BD. Quand on lit un polar, je pense que c’est pour plusieurs raisons. Réflexions politiques, goût de l’évasion, violence, érotisme, description souvent désespérée de la société, plaisir enfantin de l’histoire qu’on raconte. Le roman policier, dans toute sa diversité, offre souvent tout cela à la fois.

Le meilleur endroit pour lire un bon polar ?
Dans son lit, aux cabinets, à la plage, dans le métro, en faisant la queue à la boulangerie, dans une salle d’attente, partout.

Aimeriez-vous écrire vous-même un roman policier ?
Euh… non ! En jouer ou en mettre en scène, sans doute, mail il n’y a pas en France la tradition de pièces policières comme il y a en Grande-Bretagne par exemple. Il se trouve quand même que les rares pièces britanniques policières que j’aie lues sont très décevantes, très psychologiques et ennuyeuses.

Sans transition et pour finir : quelles représentations avez-vous de la Hollande ?
Ah là là, le vélo, que les femmes y sont belles… une certaine douceur de vivre, en même temps une rigueur protestante qui me fait un peu peur. La tolérance, c’est quand même la patrie de Spinoza, même s’il fut excommunié (mais je crois que hélas l’extrême-droite arrive bien fort aux Pays-Bas aussi). J’aime l’ambiance décontractée et rigoureuse mêlées. mais je ne connais pas assez.

Propos recueillis par Anne Leray

La soirée avec Laurent Lévy a lieu samedi 30 janvier 2016 au Mallemolen theater, Mallemolen 53F à La Haye. L’apéritif débute à 19h45 et la lecture à 20h30. Tarif € 10. Réservation obligatoire sur le mail lalibrairienomade@gmail.com

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s