Peinture : la vibrante rétrospective Karel Appel à La Haye

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Karel Appel. « People in turmail », 1961

Le Néerlandais Karel Appel était exposé au Centre Pompidou à Paris jusqu’en janvier dernier. Le voici à l’honneur jusqu’au 16 mai 2016 au musée municipal de La Haye avec une vaste rétrospective réunissant 67 peintures, 12 sculptures et 60 dessins. Dix ans après sa mort, cette exposition passionnante permet de balayer soixante ans de la carrière d’un artiste novateur en perpétuelle évolution.   

Le Gemeente Museum à La Haye a une longue histoire avec Karel Appel. Il y fut exposé de son vivant, en 1983 et en 2002. Pour cette rétrospective consacrée à l’enfant du pays, disparu voici dix ans, le Gemeente a préféré un classement thématique à un accrochage chronologique. Nus, paysages, portraits, on découvre comment ce peintre a su explorer les grands genres de la peinture pour mieux les détourner, et fusionner plusieurs inspirations d’avant-garde pour créer son propre style. L’exposition montre également son intérêt pour l’art psychopathologique et ses propres expérimentations à cet égard. D’envergure internationale, pourtant un peu oublié aujourd’hui, il est l’un des grands peintres modernes des Pays-Bas de la seconde partie du XXe siècle.

Difficile de rester indifférent aux tableaux de l’artiste néerlandais sur lesquels se conjuguent les élans du geste et les mouvements de l’imaginaire. Dans ses interprétations personnelles du monde, et de sa violence, il y a beaucoup de couleurs, mais aussi une grande énergie. Sur les grands formats, qui paraissent vouloir embrasser l’immensité du monde et de la création, les couches de couleurs aux épaisseurs variables s’entrechoquent et s’épousent, s’éclaboussent et s’unissent avec fracas. Parfois appliquées directement du bout du tube, elles donnent un relief irrégulier à la toile. Le geste est spontané, mais la peinture, plus réfléchie et complexe qu’elle ne le laisse croire, est souvent pensée en amont sur de petits formats. Dans une vidéo présentée à l’entrée, il faut voir le peintre aux prises avec ses huiles et sa toile, le chassis tremblant sous l’effet de ses gestes. Une vraie performance. Un travail de la matière qui rend sa peinture très vivante.

« On me dit toujours que je suis expressionniste, je ne sais pas pourquoi, c’est peut-être ma technique qui est assez violente et la force de la couleur ». Karel Appel, 1968.

Décédé à Zurich en 2006 à 85 ans, Karel Appel est né à Amsterdam en 1921. Pendant ses études à l’académie des Beaux-Arts, il étudie notamment les œuvres de Rembrandt, Van Gogh, Picasso et Mondrian. Il y rencontre Corneille et Constant avec qui il fondera le groupe expérimental Reflex en 1948, qui deviendra le noyau néerlandais du groupe Cobra. Un mouvement réunissant des artistes de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam, en opposition à la figuration et à l’abstraction. Karel Appel s’installe à Paris en 1950 où il fait notamment connaissance du critique d’art français Michel Tapié qui soutiendra sa peinture. Lorsqu’il découvre les Etats-Unis en 1957, il tombe amoureux de la scène jazz avant-gardiste de New-York et se met à faire les portraits de Miles Davis, Sarah Vaughan, Dizzie Guillepsie.

Karel Appel a été influencé par Picasso, Dubuffet et Matisse. Son oeuvre fait également penser à Miro et évoque parfois le street art. Intéressé par l’art primitif et brut, par les dessins d’enfants, il a souvent été qualifié d’expressionniste, étiquette qui semblait le surprendre lui même. « On me dit toujours que je suis expressionniste, je ne sais pas pourquoi, c’est peut-être ma technique qui est assez violente et la force de la couleur » précisait-il lors d’une interview télévisée en 1968.

Appel, qui était aussi sculpteur, a expérimenté pendant six décennies de multiples formes et matériaux. Avec une apogée dans les années 50, son art a fait le tour du monde. Repoussant les conventions, sa peinture ne s’est jamais laissée enfermer dans ses propres cadres et s’est sans cesse renouvelée. C’est lumineux, flamboyant et remuant.

Anne Leray

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Karel Appel, jusqu’au 16 mai 2016 au Gemeente Museum, Stadhouderslaan 41, Den Haag.

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