Ann Van den Broek : la rigueur dans le chaos

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Co(te)lette, pièce créée et primée en 2007 (photo Olivier Schofiled)

La chorégraphe flamande Ann Van den Broek fête les quinze ans de sa compagnie Ward/ward avec une tournée aux Pays-Bas entamée en novembre 2015. A La Haye, le Korzo Theater programmait ce week-end trois de ses pièces, des performances, des installations et un documentaire sur son travail. Sa tournée hollandaise s’achèvera à Amsterdam les 2 et 3 mai prochains.   

Née à Anvers en Belgique en 1970, passée par l’Académie de danse de Rotterdam aux Pays-Bas, la Flamande Ann Van den Broek est une chorégraphe peu connue en France. Il faudra ainsi attendre l’été 2017 pour la voir à nouveau aux Rencontres chorégraphiques internationales de Saint-Denis, où elle avait été invitée et remarquée en 2015. Ce manque de notoriété dans l’Hexagone est fort dommage vu l’ampleur et l’intérêt du travail réalisé avec sa compagnie depuis 2000, combinant avec rigueur danse, vidéo, son et installation. Ses pièces, chargées en intensité et en étrangeté, pleines d’une profusion bien construite, sont des traversées collectives qui ne laissent pas indemne.

Dans le documentaire que lui a consacré la réalisatrice Lisa Boerstra en la suivant pendant un an, diffusé du 1er au 3 avril derniers au Korzo Theater à La Haye, elle apparaît comme une artiste déterminée et exigeante, autant avec elle-même qu’avec ses interprètes. Au lendemain d’une représentation en Russie, on la voit ne pas mâcher ses mots lors d’une séance de franche discussion avec ses artistes, dans un café. « Je vois tout » lance-t-elle. Hors de question de faire semblant de danser, de se réfugier derrière la technique, il faut être, là, en chair et en os. On y apprend aussi son extrême peur du noir et de la solitude quand elle était enfant, qui la fit dormir avec ses parents jusqu’à l’âge de 6 ans, ainsi que le trop grand vide laissé par la perte de son frère, par ailleurs psychotique. Des éléments biographiques présents dans ses pièces. Dans une exposition également montrée au Korzo, la chorégraphe détaille son univers créatif, révélant quelques-unes de ses sources d’inspiration : Pina Bausch, Dostoïevski, Nick Cave…

Axée sur la performance, la danse tourmentée, charnelle et enragée d’Ann Van den Broek observe l’humain et ses comportements via une panoplie d’états. Colère, sidération, folie, angoisse, névrose, rébellion, transe, états seconds, chaos et phases libératoires, l’art ne fait pas ici dans l’économie d’énergie. Différents univers mentaux s’incarnent à travers une gestuelle singulière, impulsive, souvent saccadée. Fort en émotions, expressif, son travail est tout sauf tiède. Et son côté extrême n’épargne pas les interprètes soumis à un engagement physique soutenu. Le langage des corps exprime le hors-norme enfoui au fond des êtres, comme une peau que l’on retourne. Ann Van den Broek plonge de plain-pied dans l’obscurité des âmes, comme pour faire lumière sur ce qui est volontairement ou involontairement dissimulé.

L’usage de la vidéo n’est pas accessoire. Réalisée en amont ou en live, suivant ou traquant les interprètes au plus près, l’image apporte une dimension cinématographique à cette danse proche des arts plastiques et du théâtre. Le tout avec une sonorisation du mouvement et de la matière tout à fait intéressante. Présente sur le plateau de certains de ses spectacles, on voit la chorégraphe quitter la scène de sa création Pushing the wheel (2015), le poing levé après avoir écrit sur une ardoise au terme du spectacle, « Remember – sustain » que l’on pourrait traduire par « Souvenez-vous – résistez ». Ann Van den Broek est une artiste rock and roll.

Anne Leray

« Pushing the Wheel », lundi 2 mai et « Nous Men Solo », mardi 3 mai 2016 au Stadschouwburg à Amsterdam.

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Au Korzo, Ann Van den Broek proposait une exposition autour de son travail (photo AL)
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Une réflexion au sujet de « Ann Van den Broek : la rigueur dans le chaos »

    […] Ses recherches portent sur les comportements humains et leurs motivations, sur la vérité sous le masque, sur le spectre des émotions et la performance du corps dansant dans différents états : « Colère, sidération, folie, angoisse, névrose, rébellion, transe, états seconds, chaos et phases libératoires, l’art ne fait pas ici dans l’économie d’énergie. Différents univers mentaux s’incarnent à travers une gestuelle singulière, impulsive, souvent saccadée. Fort en émotions, expressif, son travail est tout sauf tiède. » Source: Anne Lerey […]

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