Café citoyen : quelle situation pour les réfugiés aux Pays-Bas ?

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Petites filles en Syrie en 2008 avant la guerre (photo AL)

Lors d’un café citoyen le 20 avril dernier à La Haye, ATD Quart Monde et Français du monde ADFE ont présenté un état des lieux sur la situation des réfugiés aux Pays-Bas. Le pays a enregistré environ 42 000 demandes d’asile en 2015 selon les chiffres d’Eurostat, et 58 900 demandes selon les chiffres du service néerlandais de l’immigration et de la naturalisation. 

Partenaires depuis cinq ans, ATD Quart Monde et Français du monde ADFE aux Pays-Bas organisaient mercredi soir un café citoyen au sein des locaux d’ATD Quart Monde à La Haye (1). Le quatrième du genre, qui portait cette fois sur le thème « quel accueil des réfugiés aux Pays-Bas ? Quelles mesures pour la dignité de tous ? »

Selon les chiffres d’Eurostat, 1,3 millions de premières demandes d’asile ont été déposées en Europe en 2015 contre 627 000 en 2014, par des migrants fuyant de plus en plus les guerres, les conflits, les persécutions. Les Pays-Bas ont enregistré 42 000 demandes en 2015 pour obtenir le statut de réfugiés dont 18 000 faites par des Syriens ainsi que par des Irakiens, des Érythréens, des Afghans, des Albanais… Les Pays-Bas se situent juste derrière la France, pourtant beaucoup plus vaste et peuplée, qui a enregistré 70 000 demandes d’asile en 2015.  « La moitié des pays refuse de recevoir des réfugiés, il y a des déséquilibres partout. Or aucun pays ne peut affronter cela seul, il faut que toute la communauté européenne se mette à la table », estime Laura Carpier, chef de projet au sein de l’Organisation Internationale pour les Migrations. Les chiffres étant souvent variables, le IWD néerlandais (service de l’immigration et de la naturalisation) recense pour sa part 58 900 demandes en 2015 dont 27 700 Syriens.

L’automne dernier a été une période très tendue en raison d’un flux important de demandeurs d’asile aux Pays-Bas. « C’était la panique, entre 10 000 et 20 000 personnes sont arrivées en l’espace de deux mois » relate Laura Carpier. Le pays compterait, selon elle, entre 30 000 et 100 000 personnes sans papiers. « La loi sur la procédure d’asile a changé en 2013 pour raccourcir les délais. Mais dans les faits, la phase approfondie d’étude du dossier, qui devrait prendre environ six mois, prend plutôt deux ans tant les demandes sont nombreuses. Beaucoup de personnes ne sont pas sélectionnées lors de la première phase d’enregistrement de la demande, et n’auront jamais accès au statut de réfugiés ». C’est le cas des personnes provenant de certains pays déclarés « pays sûrs » par les Pays-Bas depuis une loi votée en 1994, et ne pouvant donc pas présenter une demande d’asile. C’est le cas de l’Albanie, de la Serbie, du Kosovo, du Ghana ou de la Mongolie par exemple. Depuis mars 2016, les Pays-Bas ont par ailleurs mis en place une procédure accélérée permettant de renvoyer en quelques semaines les demandeurs d’asile dont la demande n’a aucune chance d’être retenue.

La politique d’accueil des demandeurs d’asile aux Pays-Bas va en se durcissant. Laura Carpier observe que les élections municipales néerlandaises en 2017 ne risquent pas d’arranger la situation. « Entre les Libéraux et le Parti des travailleurs, les partis ne sont pas d’accord et les positions des uns et des autres devraient encore se durcir avec ces élections ». Elle évoque également les frictions à l’oeuvre entre la position du gouvernement central et celle des municipalités, « plus favorables à l’accueil des réfugiés ». Le manque de logements sociaux, y compris pour les Néerlandais en difficultés, ne favorise pas non plus les choses. Un bénévole de longue date au sein d’ATD Quart Monde évoquait ainsi mercredi soir « la pauvreté silencieuse » aux Pays-Bas. « Les gens voient des gens qui souffrent plus qu’eux et ont l’impression de ne pas avoir le droit de prendre la parole. Alors ils tirent le rideau et ne disent rien ». Et d’ajouter « c’est dans les quartiers les plus pauvres que les sans-papiers trouvent le plus à manger ». 

Le centre d’accueil central de demandeurs d’asile est situé à Ter Apel au nord du pays et compterait 3 000 personnes. Partout, de nombreux centres plus ou moins temporaires sont improvisés en divers bâtiments ou campements dont certains, situés loin des villes, sont assez isolés. Les demandeurs d’asile ont droit a un avocat spécialisé ainsi qu’à « une assurance médicale de base, reçoivent environ cinq euros par jour et par personne et les enfants sont scolarisés dans des classes temporaires pour apprendre le néerlandais » précise Laura Carpier. La plupart sont néanmoins des hommes seuls « venant préparer le terrain pour leur famille ».

Difficile pour les réfugiés de se poser suffisamment longtemps quelque part pour développer des contacts et commencer à construire quelque chose. « Lorsque les personnes doivent quitter leur centre d’accueil au bout d’un certain temps, on leur remet un billet de train valable pour la journée. Ils ne savent alors pas où aller. Ils se retrouvent dehors, avec un endroit pour manger, un autre pour passer la nuit, ils n’ont aucun revenu, c’est très fatiguant » explique Annelies Neutel, bénévole de Ubuntu Huis à Utrecht, petit centre qui propose un panel d’activités « pour faire face à l’itinérance, la pauvreté et l’isolement social » (cuisine, ateliers de théâtre, musique, jardinage, pêche, leçon de néerlandais…). « Tout est sans cesse à recommencer. Les gens ont à peine le temps de faire des connaissances qu’ils partent déjà ailleurs » poursuit-elle.

Ce manque d’activité provoque un désoeuvrement difficile à vivre « et créé des tensions. Il y a une différence entre vivre et survivre. Les gens veulent se développer, contribuer à la société » poursuit Laure Carpier. « Quand pendant des années tu ne fais rien, tu es foutu » témoigne un jeune Ghanéen aux Pays-Bas depuis trois ans, et toujours en attente de ses papiers. Dans la salle, plusieurs personnes ont souligné leur difficulté à concrétiser leur aide en tant que bénévole. « J’ai passé beaucoup de temps à remplir les formulaires pour donner des cours d’anglais deux heures par semaine. Au final on m’a dit que ce n’était pas possible car je ne parle pas néerlandais. Mais est-ce que les réfugiés parlent néerlandais ?! », confie à la sortie une jeune prof d’anglais française.

Existe-t-il un pays dont le système d’accueil soit vraiment favorable aux migrants ? « La Suède » répond Laura Carpier. C’est le troisième pays à avoir enregistré le plus de demandes d’asile en 2015, soit 150 000 au total, avec un fort taux d’acceptation des demandes. « Pendant la procédure d’asile, les gens peuvent au moins y mener une vie normale ». 

AL

(1) Ce quatrième café citoyen était soutenu par La librairie nomade à La Haye.

 

 

 

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