L’idée du revenu universel fait son chemin aux Pays-Bas

Publié le Mis à jour le

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Des journalistes de l’émission « C dans l’air » interviewent l’économiste néerlandais Marcel Canoy sur le sujet du revenu universel le 6 juin 2016 à La Haye (photo AL)

Utrecht, Groningen, Tilburg, Wageningen. Quatre villes sont volontaires pour tenter l’expérience du revenu universel aux Pays-Bas. Elles attendent le feu vert du gouvernement néerlandais pour passer à l’action. Une trentaine d’autres municipalités aimeraient les suivre. Ce processus complexe qui va doucement ira-t-il sûrement ?   

On en parle, on en parle, du revenu universel de base. Un revenu dont l’idée générale est d’être octroyé à tous les citoyens d’un pays, sans condition ni contrepartie. Pourra-t-il leur permettre de se sentir mieux dans leur vie et dans la société ? Les invitera-t-il à investir leur temps autrement (bénévolat, entreprenariat, engagement politique, social ou artistique) ? La question est ouverte et chacun avance ses propres réponses. Si elle n’emporte pas avec elle une adhésion unanime par rapport à son financement, au déficit qu’elle pourrait occasionner, ou à son impact social quand le contexte économique tire la langue, l’idée fait son chemin dans plusieurs pays européens.

Les Suisses ont pour l’instant refusé le principe à travers le referendum qui s’est tenu le 5 juin dernier (le collectif à l’origine du projet suggérait d’octroyer 2200 euros par adulte et 650 euros par enfants). La Finlande pense à un revenu de base partiel tandis qu’en France le débat est lancé. Les Pays-Bas en parlent quant à eux depuis 2014, et planchent sérieusement sur la question de ce qu’ils appellent le « basic income » depuis un an. Une trentaine de villes se sont en effet portées volontaires pour tenter l’expérience, la déclinant chacune à leur façon, en restant plus ou moins proches de ses principes de base. Ces villes pionnières vont d’abord tester le dispositif avec quelques centaines de témoins pour observer ses effets. La plupart du temps, ce revenu de base se focalisera sur des personnes recevant déjà des allocations et particulièrement sur les bénéficiaires du système de revenu minimum national attribué sous condition de ressources.

Utrecht, Groningen, Tilburg et Wageningen sont en tête de wagon avec des projets avancés.« Aux Pays-Bas, il y a maintenant plus de trente gouvernements locaux qui pensent l’expérimenter, inspirés par ces quatre villes. Ils en sont tous à des stades différents ; c’est parfois simplement une idée ou alors un plan précis sur lequel ils travaillent dur », précise Ralf Embrechts, porte-parole du projet à Tilburg et directeur de l’Association pour le développement social. Dans ces villes volontaires, l’expérience qui devait débuter en janvier 2016, risque vraisemblablement de prendre un an de retard. « Nous avons besoin de l’approbation du Secrétaire d’Etat des Affaires sociales, Jetta Klijnsma, parce que la loi de participation est faite par le gouvernement national. A Tilburg, nous espérons pouvoir lancer notre projet début 2017, pour une durée de quatre ans », poursuit Ralf Embrechts.

Loek Groot , économiste et chercheur à l’université d’Utrecht : « Malgré le lobbying qui dure depuis un an, c’est un lent processus »

Le sujet est dans l’air du temps, et C dans l’air sur France 5 lui a ainsi consacré son émission du 7 juin, illustrée par différents reportages en Europe. Un sujet de quatre minutes a été tourné en Hollande, prenant l’exemple d’Utrecht, 4e ville des Pays-Bas dont la municipalité s’est portée candidate. « C’est une expérience scientifique. Les aides sociales sont conditionnées à de nombreuses règles et obligations, comme trouver un emploi, or il y a de moins en moins d’emplois », observe Victor Everhard, conseiller municipal pour le travail et le revenu. 

Comme Tilburg, Utrecht est en phase de négociation avec le gouvernement néerlandais et attend son aval pour lancer un pilote d’une durée de deux ans. « Nous avons pris l’initiative de ce projet, il est encore en discussion, nous travaillons sur les détails et attendons l’aval du ministère. Nous sommes en route, on y arrivera », explique Sylvia Borgman, attachée de presse de la mairie d’Utrecht. Une liste de 250 personnes (des demandeurs d’emploi tirés au sort) testera différentes modalités : verser sans condition 900 euros à une personne seule ou 1300 euros par famille, associer ce revenu minimum à du bénévolat obligatoire, augmenter le revenu s’il est associé à du bénévolat volontaire, ou le verser seulement aux personnes inactives. Eminent professeur d’économie et chercheur à l’Université d’Utrecht associée au projet, Loek Groot sera chargé de suivre et analyser l’expérience. « Malgré le lobbying qui dure depuis un an, c’est un lent processus », confie-t-il. 

L’économiste amstellodamois Marcel Canoy explique que ce basic income devrait se substituer à plusieurs types d’aides publiques.« Nos systèmes d’aides sociales ne mènent nulle part et engendrent beaucoup de stress. Il faut bâtir un système où les individus s’entraident et une société basée sur la confiance. Le revenu de base permettra par exemple à des personnes de prendre plus de temps pour s’occuper des autres, des personnes âgées par exemple. Le vieillissement de la population pose problème, et il est plus agréable de rester chez soi que d’aller en maison de retraite ».

Prochaine étape du calendrier : un rendez-vous avec le ministre des Affaires sociales prévu en novembre 2016. Utopie qui pourrait se concrétiser, le revenu universel est associé aux Pays-Bas à un autre rapport au citoyen, à l’idée de confiance et de bien-être. Sa perception permettrait de consacrer sa vie à d’autres choses qu’à un emploi salarié. Comme si la santé ne dépendait pas du seul travail rémunéré.

Anne Leray

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Une réflexion au sujet de « L’idée du revenu universel fait son chemin aux Pays-Bas »

    time2changeconsulting a dit:
    15 juin 2016 à 08:52

    L’idée est aussi semble-t-il que les contrôles effectués auprès des bénéficiaires d’aides sociales coûtent chers – et, en effet, génèrent du stress. En se passant de ces contrôles, puisque le revenu devient universel, on fait des économies, pas tout à fait assez pour financer ledit revenu, néanmoins.

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