A La Haye, La Librairie Nomade tient la route

Publié le Mis à jour le

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Marie et Fanny, libraires nomades

Génératrice de rendez-vous francophones qui tournent autour du livre, mettent l’accent sur les rencontres et carburent à la proximité, La Librairie Nomade s’est à juste titre fait une place dans le paysage culturel de La Haye. Un an après son lancement, et à l’occasion des nouvelles escales qui s’annoncent, bilan d’étape avec ses créatrices Marie Masi et Fanny Weiersmuller.  

Une silhouette féminine conduisant un bakfiets (1) rempli de livres. C’est le joli le logo de La Librairie Nomade qui transporte ses bouquins à vélo à chaque événement qu’elle organise. Un logo désormais bien identifié à La Haye, rappelant qu’en Hollande le cycle est roi. Lors de sa première saison en roue libre, La Librairie Nomade a proposé une série de rendez-vous très suivis par le public : des contes musicaux pour les enfants avec le pianiste Guillaume Marcenacdes ateliers avec l’illustrateur Emmanuel Volant, des lectures théâtrales, des matinées consacrées à la vente de livres, une conférence sur le bilinguisme menée tambour battant par Franck Scola, des rencontres intenses avec des auteurs parisiens comme Anne Calife ou Laurent Lévy… Voilà un an que Marie et Fanny se sont lancées dans cette aventure itinérante. Interview.

Pouvez-vous nous rappeler ce qui vous a donné envie de créer La Librairie Nomade ?
Nous sommes arrivées à La Haye sans nous connaître. Nous étions chacune journaliste à Paris dans une précédente vie, et notre premier constat en arrivant aux Pays-Bas était qu’il n’y avait pas de livres en français dans la ville, ni pour les enfants, ni pour les grands. C’était une grosse frustration de lectrices et de mamans. Il y avait aussi peu d’événements en langue française. On a eu envie de partager des rencontres et d’amener un peu débat. Ce projet nous trottait dans la tête. En se rencontrant, on a rapidement décidé de créer ensemble La Librairie Nomade.

Pouvez-vous définir ce drôle de concept de librairie nomade ?
C’est une librairie sans boutique. A chaque événement, on propose une sélection de livres rattachée à cet événement. On tourne, on loue des lieux, des théâtres, des cafés, on se greffe sur les événements francophones existants, comme ceux de L’Autre Pays du Théâtre ou de L’Alliance française. Au lieu d’attendre que les gens viennent vers nous, on a décidé d’aller vers eux pour se faire connaitre. Le livre est toujours le prétexte de l’événement. Nous n’avons pas de local et donc pas d’exposition quotidienne au public, nous sommes un peu atypiques.

« Notre premier constat en arrivant aux Pays-Bas était qu’il n’y avait pas de livres et peu d’événements en français à La Haye »

Voilà un an que La Librairie Nomade a pris la route à La Haye. Comment s’est passée cette première année ?
On a testé pas mal de choses en terme de rencontres et de concepts. On organise des événements, on est pro-actives, on contacte les auteurs qu’on aime bien pour les faire venir, on y va au culot. On s’aperçoit aussi qu’on reste assez proche du métier de journaliste, avec la découverte, la rencontre de l’autre, et le partage à travers des histoires.

Que vous renvoie le public depuis un an ?
On a un bel accueil depuis le début, sans doute parce qu’il y a un vrai manque à combler et donc de la place pour nous. Le public est enthousiaste, il y a toujours de l’interaction, les gens posent beaucoup de questions. On a aussi bénéficié du dynamisme de la communauté francophone à La Haye, il y a déjà beaucoup d’associations bien structurées qui nous ont aidées.

Quels sont les temps forts et nouveautés à venir ?
Le 30 septembre, nous allons recevoir Zeina Abirached, qui fait un travail sur l’intime, avec des BD très graphiques en noir et blanc sur fond de guerre civile au Liban. On a décidé de mettre l’accent sur l’événementiel et de coller encore plus à notre passé de journalistes en organisant des événements liés à l’actualité. On va par exemple travailler avec la toute nouvelle revue d’actualité BD Topo. Pendant l’élection présidentielle américaine en novembre, on va ainsi accueillir la journaliste Guillemette Faure et le dessinateur Benjamin Adam. Tous deux ont publié dans Topo un reportage sur « Pourquoi Obama n’a pas réussi à interdire les armes au cours de ses deux mandats ». En mai, nous devrions recevoir Maylis de Kerangal qui viendra exprès pour nous à La Haye avec le comédien Laurent Lévy, pour une interview – dédicace – lecture dans un théâtre.

« Nous sommes confrontées, comme toutes les librairies françaises à l’étranger, au problème de l’export avec des délais plus longs et des coûts élevés ».

Les lecteurs expatriés ont sans doute le réflexe de commander leurs livres sur Internet. Est-ce difficile de constituer un panel de clients ici ?
Oui, d’autant plus que nous sommes confrontées, comme toutes les librairies françaises à l’étranger, au problème de l’export avec des délais plus longs et des coûts élevés. Un libraire français reçoit ses livres en trois jours tandis que les éditeurs nous imposent un délai incompressible de dix jours à trois semaines, à moins de faire intervenir de l’envoi en express, ce qui est très coûteux. C’est plus rapide pour un lecteur de commander sur Amazone. On n’est pas compétitives là-dessus, ce n’est pas notre concept. On ne se positionne pas comme une librairie classique. En revanche, on vend bien les livres qu’on a lus et aimés, les gens sont sensibles aux coups de coeur  que nous leur présentons. Le côté librairie de proximité fonctionne. Il faut savoir que cette année, le public peut se joindre à nos commandes à chaque début de mois pour bénéficier de frais d’envoi moins élevés.

Allez-vous maintenir le cap de l’itinérance qui est votre essence ?
Oui. Au bout d’un an, on se dit qu’on va cultiver notre différence et rester nomade plus que de l’estomper et devenir sédentaire. Les partenariats fonctionnent bien avec les personnes qui nous accueillent. Un partenariat avec la boulangerie Michel va par exemple se mettre en place, pour développer des événements et des ventes autour de thématiques engagées, de ces thématiques qui font bouger les consciences.

La Librairie Nomade est aussi une entreprise, le seuil de rentabilité est-il encore loin ?
Nous ne perdons pas d’argent mais nous ne nous rémunérons pas. La Librairie Nomade s’autofinance, paie les artistes et les auteurs avec qui elle travaille et qu’elle fait venir. L’objectif, l’année prochaine, sera de commencer à en vivre un peu. On tient aussi à des tarifs peu élevés comme ceux des contes musicaux à 5 euros, pour que les familles puissent venir ensemble. Mais nous avons des frais pour organiser nos événements, et nous ne pouvons pas nous permettre la gratuité. 

Propos recueillis par Anne Leray

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(1) Le bakfiest (traduire triporteur) est un vélo cargo hollandais dont la caisse en bois située à l’avant permet de transporter enfants et marchandises.

 

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Une réflexion au sujet de « A La Haye, La Librairie Nomade tient la route »

    Marie Masi a dit:
    12 septembre 2016 à 10:20

    Merci pour cette belle ITW 🙂 On aime tout, sauf notre tête 😉

    A bientôt Marie

    J'aime

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