Peter Lindbergh, des photos jamais glacées

Publié le Mis à jour le

kunsthal_peter-lindbergh_kate-moss_2015-683x1024
Kate Moss, 2015. Photo Peter Lindbergh.

A Rotterdam depuis le 10 septembre, le Kunsthal consacre une rétrospective grand format au photographe allemand Peter Lindbergh. Une première aux Pays-Bas. « A different vision on fashion photographie » est à l’affiche jusqu’en février 2017, et c’est l’une des expositions du catalogue automne-hiver à ne pas rater.   

Le Kunsthal de Rotterdam n’a pas vu les choses en petit. Pour rendre hommage à Peter Lindbergh, 71 ans, le commissaire d’exposition Thierry-Maxime Lauriot a conçu une vaste rétrospective éclairant parfaitement son oeuvre et son parcours. Il s’agit de la dixième rétrospective dans la carrière du photographe, mais c’est la première du genre aux Pays-Bas.

Le conservateur s’est plongé dans les archives de Lindbergh à Paris, et a retenu 220 photos parmi un fonds de 5000 images. Agencées avec goût et intelligence, ces photos sont à découvrir au fil des salles sur des murs tantôt noirs tantôt blancs, avec le plaisir d’une visite qui sait rester surprenante du début à la fin. Avec des unes de magazines, des Polaroïds, des planches contact assorties de notes, de vieux boitiers argentiques dont on perçoit qu’ils ont vécu…, l’immersion dans l’univers de Lindbergh est totale.

Si l’exposition est impressionnante par sa dimension, c’est parce que l’oeuvre qu’elle détaille l’est tout autant, par ses productions, sa complexité, sa richesse, ses influences, et les nombreux terrains que Lindbergh a explorés (mode, cinéma, danse). Le tout avec une prédilection pour le portrait, de préférence non figé et surtout pas glacé. Une passion qui lui vient du photo-journalisme, découvert tôt dans sa jeunesse. Dorothea Lange et Henri Cartier-Bresson sont deux des photographes qui ont influencé son travail, avec d’autres artistes tels que Man Ray, Fritz Lang, Joseph Kosuth, August Sander.

Né à Lissa en Pologne en 1944, Lindbergh a grandi dans la vallée de la Ruhr, entouré d’usines et de mines. La composante industrielle et sidérurgique des paysages où il a passé son enfance a aussi influencé son art et sa représentation de la beauté. « Si j’étais né à Venise, cela aurait été très différent », écrit-il non sans humour

3.peter_lindbergh_michaela_bercu_linda_evangelista_and_kirsten_owen_nancy_1988_-r_peter_lindbergh_studio_paris_ga.jpg
1988, Paris. Photo Peter Lindbergh

De nombreux cartels expliquent son travail et donnent à lire des témoignages de femmes passées devant ses objectifs, dont il a souvent fait décoller la carrière. « Lindbergh n’est pas un photographe de mode, il se sert de la mode pour parler des femmes » affirme Franca Sozzoni de Vogue Italie. Lindbergh ne réduit pas les femmes à leur fonction de top model mais cherche à dépeindre leur personnalité et leur force, avec des minois affichant souvent des airs rebelles. Pour lui, la beauté est tout sauf un stéréotype. Pour représenter le visage des années 90 à la demande de Liz Tilberis, journaliste de mode du British Vogue, il décide de réunir sur une même photo dans les rues de New-York, non pas une mais cinq beautés devenues des figures internationales : Naomi Campbell, Linda Evangelista, Tatjana Patitz, Christy Turlington and Cindy Crawford.

Avec des éclairages impeccables, Lindberg a su saisir ses modèles sous leur vrai jour et cette quête de vérité habitant tout son travail se trouve plusieurs fois soulignée. Par manque de goût pour la perfection, la retouche et l’artifice, il aime photographier les femmes au naturel, sans maquillage.  Bouclant la visite, une très belle salle est consacrée aux portraits de stars sans fard : Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Charlotte Gainsbourg, Jeanne Moreau, Cate Blanchett, Tina Turner, Charlotte Rampling. Défilent des visages nus, des expressions authentiques, des peaux assumant le cours de leur vie.

On dit de lui que c’est un avant-gardiste, un humaniste, l’un des photographes contemporains les plus influents du monde. Lindbergh a en effet redéfini les normes de la beauté, travaillé avec les plus grands couturiers, publié dans les magazines les plus prestigieux. Celui qui transforme les modèles « en héroïnes de leur temps » est bien plus qu’un photographe de mode.

Anne Leray


lead-xlarge_transtvivhorbiies3pwrfh5caawe6y78582gwhxmvmoofgc
Une de Vogue du 1er janvier 1990. Photo Peter Lindbergh

« A different vision on fashion photographie », Peter Lindbergh, jusqu’au 12 février 2017 au Kunsthal à Rotterdam. La rétrospective voyagera ensuite à Munich où elle doit ouvrir en avril.

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s