Scarlett Hooft Graafland à Amsterdam, photographe aventurière

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« Resolution », Vanuatu, 2015. Photo Scarlett Hooft Graafland

Surréalistes et captivantes, les photographies de la Néerlandaise Scarlett Hooft Graafland sont à découvrir jusqu’au 4 décembre au Huis Marseille, très beau musée situé dans une demeure d’époque au bord des canaux d’Amsterdam.  

Une trentaine de photographies de Scarlett Hooft Graafland occupe cinq niveaux du Huis Marseille et présente ses quatre dernières années de travail (2012-2016). Entre les murs blancs, les plafonds en relief et les parquets parfaitement cirés de cette élégante maison hollandaise datant de 1606, l’artiste nous fait voyager à Madagascar, au Vanuatu, en Bolivie, dans les Emirats arabes… Et nous fait également réfléchir à l’ordre des choses.

Scarlett Hooft Graafland, qui à 43 ans travaille entre Amsterdam et New-York, est une exploratrice d’aujourd’hui en quête d’espaces naturels (encore) vierges, doublée d’une photographe avide de mises en scène en des endroits incroyables. Son travail, nourri par l’immensité des lieux qu’elle investit le temps de donner corps à son imaginaire, est une invitation au voyage. Cette arpenteuse de globe développe une démarche aux enjeux à la fois artistiques, anthropologiques et environnementaux.

Chacun de ses périples photographiques est soigneusement préparé en amont. Attirée par les contrées reculée, ses projets sont intimement liés aux contacts qu’elle noue sur place. Et certains de ses complices deviennent même le sujet de ses portraits.

Des paysages à couper le souffle sont la toile de fond de ses tableaux, auxquels elle ajoute la douceur de ses lumières ainsi que ses touches de couleurs et d’humour. Poétique et humain, son travail célèbre une beauté fragilisée par le déséquilibre d’un monde dont elle aborde les problématiques contemporaines : migrations, réchauffement climatique, montée des eaux, extinction des espèces. 

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Intriguée et inspirée par la vie de James Cook, Scarlett Hooft Graafland décide par exemple de se rendre, en 2015, dans l’archipel du Vanuatu. Elle marche alors dans les pas de l’explorateur britannique, à pied, en bateau, en avion, en camion. Et parvient à retrouver l’un des descendants de la tribu qui avait accueilli le capitaine en 1774 lors de sa deuxième expédition. Elle photographie son fils de 11 ans, debout dans les eaux calmes et limpides du Pacifique, arborant une réplique jaune du navire de l’explorateur. Cette histoire la conduit également à Lima au Pérou où elle retrouve cette fois un descendant de James Cook. Elle fait également son portrait, le corps dans les vagues, le même bateau dans les mains. Ces deux photos dessinent et matérialisent le fil invisible qui relie ces deux jeunes garçons, descendants d’un navigateur et d’un chef de tribu qui se connurent naguère.

Dans le même archipel, elle s’intéresse aux impacts du réchauffement climatique et à la montée des eaux dont l’une des conséquences pourrait être de rayer de la carte certaines îles et îlots. Sur un triptyque, une femme immergée dans la mer tient un bâton de bambou sur sa tête, évoquant la précarité de l’équilibre qui maintient encore à flot certaines surfaces du globe.

La portée la plus politique du travail présenté au Huis Marseille se trouve pour nous dans la série réalisée aux Emirats arabes. Dans le désert de Dubaï, cinq hommes sont couverts des pieds à la tête, visage compris, d’un tissu rose remplaçant leur traditionnelle tenue. Une image qui rompt avec les représentations et les rôles habituels, comme si soudain les hommes endossaient la condition féminine telle que vécue dans leur pays. La photo voisine a été prise à Socotora au Yemen, île la plupart du temps inaccessible en raison des tempêtes qui s’y déchaînent. On y voit un trio de femmes recouvertes par une burka noire, serrant dans leurs bras de longs ballons blancs. Cette évocation à la fois ludique et sexuelle n’est pas sans trancher avec leurs austères tenues, les recouvrant totalement pour les soustraire aux regards et dissimuler leur féminité.

Diplômée de l’Académie d’art royal de La Haye et de la Parsons school of design à New York, Scarlett Hooft Graafland est exposée dans plusieurs pays (Suède, Corée du Sud, Pérou, Bolivie, Canada). Sa démarche est forte et singulière avec un enjeu esthétique et un regard porté sur le monde contemporain. Poèmes visuels, ses images ne manquent ni de beauté ni de distance critique. Ce sont des bouteilles à la mer, mises en scène fixées par son appareil et offertes à l’oeil des visiteurs.

Anne Leray


« Shores like you » jusqu’au 4 décembre 2016 au Huis Marseille à Amsterdam,
Keizergracht 401, ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. 

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