World press photo, chambre obscure du monde dans une église d’Amsterdam

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Vue de l’exposition à la Nieuwe Kerk d’Amsterdam

Eglise transformée en temple du photojournalisme au coeur d’Amsterdam, la Nieuwe Kerk accueille jusqu’au 9 juillet, la sélection internationale du World press photo. Les clairs et surtout les obscurs de l’actualité mondiale y sont exposés à la lumière des vitraux. Le jury aura scruté 80 000 photos cette année pour établir sa sélection primée.  

Le World press photo, dédié au photojournalisme depuis soixante ans, a acquis ses lettres de noblesse. Primant des photos saisies aux quatre coins du globe, il reflète à chaque édition l’actualité et l’atmosphère des années qui (dé)filent.

Cette sélection internationale à laquelle ont concouru 5 000 photographes cette année, voyage à travers une exposition itinérante, dans une centaine de villes du monde. Pays-Bas, Espagne, Italie, Pologne, Allemagne, Suisse, Belgique, Australie, Japon…, en ce printemps et bientôt début d’été, l’exposition se tient et se tiendra simultanément dans plusieurs pays.

Basée à Amsterdam, l’association à l’origine de ce concours et rendez-vous annuel a été créée en 1955 par un groupe de photographes néerlandais. Puisqu’il est question de photographie, de journalisme, de presse et d’actualité, les photos présentées exposent le monde tel qu’il va, et surtout tel qu’il ne va pas. Dans ce tableau gris-noir, les images consacrées à la nature, à la vie quotidienne ou au sport apportent une menue bouffée d’oxygène.

De l’humour et des tentatives de légèreté, il y en a pourtant eu. De 1974 à 1990, le World press comportait une série intitulée Happy events. « Cette catégorie était particulièrement populaire auprès des membres du jury et des participants des pays communistes, où de mauvaises nouvelles ne pouvaient être présentées car elles n’étaient pas censées exister » peut-on lire sur le site du festival. La catégorie a disparu il y a plus de vingt ans.

Attendu et désormais très médiatisé, l’événement active souvent le débat, parfois la polémique. Comme celle liée au prix de la photo de l’année, attribué au Turc Burhan Ozbilic qui a saisi le moment tragique de l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie fin 2016. « Il m’a fallu quelques secondes pour me rendre compte de ce qu’il s’était passé : un homme était mort devant moi ; une vie avait disparu devant mes yeux. Les gens criaient, se cachaient derrière les colonnes, sous les tables et sur le sol. J’avais peur et j’étais désorienté. Je me suis caché à moitié derrière un mur et j’ai fait mon travail, prendre des photos » avait-il confié au Monde le 20 décembre dernier.

Le président du jury, Stuart Franklin, s’est désolidarisé de son jury à ce sujet, d’accord pour attribuer le prix de l’actualité à cette photographie, mais pas celui de photo de l’année. « Burhan Ozbilic, dans un pays où la liberté de la presse est constamment sous agression (…) a fait son travail héroïquement ce soir-là, à Ankara. Mais ce qui est controversé, c’est qu’une image représentant un meurtre prémédité, organisée lors d’une conférence de presse pour maximiser sa visibilité, soit le prix de l’année » a-t-il écrit en février dans une tribune publiée dans le Guardian.

Le panorama reflète ainsi les événements qui tiraillent, bouleversent et traumatisent notre époque. Migrants tentant de traverser les mers et de franchir les barrières et les murs dressés contre eux, population meurtrie sous les bombes en Syrie, combat contre Daech en Irak, conflit enlisé en Ukraine, campagne anti-drogue du président philippin Rodrigo Duterte à l’origine d’une vague de milliers d’homicides dans le pays depuis son arrivée au pouvoir en juin 2016, attentats au Pakistan, malformations foetales, ou encore tragédie animale, comme la photo de ce grand rhinocéros noir mis à mort pour sa corne, laissé mort et amputé sur le bord du chemin.

Anne Leray

World press photo, De Nieuwe Kerk à Amsterdam, de 10h à 18h, jusqu’au 9 juillet. Entrée : 10 euros. Gratuit avec la carte des musées. 

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