Photographie : la terre vue par Sebastião Salgado

Publié le Mis à jour le

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– Photos Sebastiao Salgado –

Avec la série « Genesis », vaste projet auquel il aura consacré huit années et trente voyages, arpentant les continents en quête de territoires vierges, Sebastião Salgado met en scène la beauté et la majesté des contrées sauvages de la planète encore laissées à la faune, à la flore et à quelques communautés humaines. Ce très beau panorama (250 photos) est à découvrir au Fotomuseum de Rotterdam. 

Après avoir photographié le malheur des hommes depuis les années 80 au Brésil, au Bangladesh ou en ex-URSS – guerre, famine, pauvreté, exode – le photographe argentin éprouvé par la violence du monde, est passé à autre chose après avoir un temps envisagé d’arrêter la photo. ll a basculé vers un autre envers du décor, non plus celui de la rudesse des existences, mais celui de la beauté de la terre, de ses paysages encore intacts et libres et des tribus qui y vivent à l’écart du monde, affranchies des évolutions enviables et moins enviables de la modernité.

Vu ainsi, ce passage de l’obscur vers le clair peut sembler radical, voire un rien manichéen. Le travail de Sebastião Salgado, à qui l’on a reproché sa tendance « National géographique », ne fait d’ailleurs pas l’unanimité. Sa collaboration avec une multinationale brésilienne minière qui a financé ses voyages pendant quatre ans et son opération de reforestation au Brésil, n’est pas ce qui lui vaut les plus grands honneurs.

Son style n’a pas non plus toujours eu bonne presse. Il en a été dit sur l’aspect lyrique, spectaculaire, esthétisant voire « daté » de ses prises de vue. Il fut même éreinté par un article du Nouvel Obs en 2013. Face aux images rapportées de ses échappées en terre où les peuples cultivent un mode de vie traditionnel, l’article, jugeant l’intimité des sujets trop exposée, lui reproche de participer « au mythe du bon sauvage », allant jusqu’à évoquer le souvenir de lointaines expositions coloniales.

La question de la démarche et de son intégrité mérite d’être posée, et si les approches sont à chaque fois différentes, doit-on faire des catégories parmi les sujets quand il s’agit de faire des portraits, qui plus est quand une image ne semble pas volée ? Solgado ne se revendique pas ethnologue, mais c’est un excellent photographe.

Happés par la majesté imposante qui se dégage…

Au-delà des « zones d’ombre » du photographe voyageur pour reprendre les mots du Monde, au-delà des positions critiques à l’égard de celui dont l’entreprise de production « Amazonas images » a prospéré, on est happé par la majesté imposante, la beauté et la force qui se dégagent de ses photographies en noir et blanc, saisies au bout des mondes encore sauvages de notre planète. Des mondes que bien peu d’entre nous auront l’occasion de voir un jour, et dont on doit le reflet à ceux qui ont la curiosité de s’y aventurer.

Territoires immenses et vierges, décors somptueux peuplés de créatures imposantes – baleines, lions de mers, iguanes marins, pingouins par centaine de milliers sur les îles Sandwich, tortues géantes des Galapagos qui peuvent vivre jusqu’à 150 ans – Sebastião Salgado met l’accent, sans bouder son plaisir, sur la puissante photogénie de la nature.

Il a cette façon de photographier la faune comme il tirerait le portrait d’un humain, tel ce tendre couple d’Albatros aux ailes de géant ou cette patte d’iguane aux longues griffes représentée telle une main de diva.

Soufflant le chaud et le froid, son exploration quitte les majestueux glaciers et icebergs de l’Arctique exposés à l’ouverture de l’exposition, survole les grands canyons de l’Arizona, les forêts et fleuves d’Amazonie, croise les caribous d’Alaska ainsi que les lions, les éléphants et les gorilles de Zambie, de l’Ouganda et du Rwanda. Il part également à la rencontre de tribus peu connues en Indonésie, en Papouasie, en Ethiopie, au Brésil…, nous faisant découvrir à travers des scènes de vie et des portraits parfois envoûtants, certains aspects de leur existence à part.

Genesis tourne depuis 2013 sur les cimaises du monde entier. Depuis juin 2017, elle a pris ses quartiers à Rotterdam, installée pour l’été au Fotomuseum. Certaines photos sont saisissantes et nous arrêtent longuement. « Si l’humanité veut survivre, elle doit protéger la nature », précise celui qui dit associer photographie et écologie. Cela ne fait jamais de mal de le redire, encore et encore.

Anne Leray


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« Genesis », Sebastião Salgado, jusqu’au 22 octobre au Fotomuseum de Rotterdam Wilhelminakade 332 / Pays-Bas.

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