Art contemporain : Christian Boltanski à Amsterdam

Publié le Mis à jour le

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Installation de Christian Boltanski – Oude Kerk, Amsterdam (photos AL)

L’artiste français Christian Boltanski a investi la Vieille Eglise d’Amsterdam, située en plein coeur du Red light district. Son installation intitulée « Après » intègre de façon puissante la mémoire de ce lieu historique comptant quelque 12 000 tombes. La Oude Kerk, plus ancien édifice de la ville du haut de ses 800 ans, reçoit 150 000 visites chaque année.  

Il est 10h en ce matin gris de janvier. Les touristes d’Amsterdam commencent à s’éveiller, les appareils photos sont de sortie sous la pluie, les lumières du Red Light District (Quartier rouge) se reflètent sur le sol mais les cabines sont encore vides. Pas de dames en vitrine. Au coeur du quartier, l’imposante et vénérable Oude Kerk est située non loin du musée de l’érotisme et du musée de la prostitution.

En poussant la porte de cette église construite en 1306, désormais ouverte aux artistes qui souhaitent se frotter à son histoire et à son architecture, on change radicalement d’univers. Tout est ici pierre, bois et verre, douce pénombre et froid piquant, grandeur et silence, dans un style qui mêle Gothique et Renaissance. La lumière pluvieuse qui filtre à travers les vitraux, l’éclairage tamisé des lustres et les néons de Boltanski, trouent l’obscurité. Pour le reste, un toit en voûte à berceau magistral, des grilles en or, des orgues anciens, des modèles réduits de navires flottant autour du choeur… La visite est une expérience forte, une parenthèse hors du temps.

Christian Boltanski, dont l’oeuvre interroge depuis toujours ce qu’il y a par-delà la vie et ce faisant la mort, la fuite du temps, l’absence, le souvenir et la mémoire collective, semble avoir trouvé écrin à l’image de ses réflexions. Son installation, dont les éléments se déploient dans la totalité de l’espace, résonne avec finesse avec la mémoire, les strates d’histoire et les mystères de l’édifice.

Les manteaux noirs qu’il a posés sur les pierres tombales face contre terre, qui comme des flèches forment un chemin vers le choeur, font remonter à la surface les milliers de morts qui hantent encore l’endroit. L’église recense 12 000 tombes et 2 500 dalles funéraires, aujourd’hui vidées et remplies de sable. On y trouve notamment celle de Saskia van Uylenburgh (1612-1642), épouse de Rembrandt, pierre tombale la plus visitée. 

Boltanski a également érigé d’imposants parallélépipèdes recouverts de bâche noires tel un dédale labyrinthique de tombes verticales qui morcèlent l’espace ordinairement vide et empêchent d’en avoir une vue générale. Le visiteur, en passant entre ces tombes, disparait momentanément à son tour. Fleurs posées sur l’autel qui témoignent du temps qui passe, bouquet de néons dont l’un d’entre eux s’éteint automatiquement chaque jour jusqu’au noir complet à la fin de l’exposition, les notions d’éphémère et de passage se répercutent dans l’espace. 

Sur une feuille remise aux visiteurs, l’artiste a dessiné son propre plan de l’église, façon BD, cousu d’infos et d’humour. On y apprend que Jean-Sébastien Bach a été très influencé par Sweelinck, compositeur néerlandais et organiste qui officia ici de 1577 à 1621. Que l’escalier en bois qui grimpe à pic dans l’un des flancs de l’église conduit au paradis. Que la Oude Kerk, qui aime les records, est dotée de la plus grande toiture d’Europe. Et que pendant la messe, « tout le monde boit du vin dans une coupe d’argent, après ça j’ai eu la grippe ». 

Il est émouvant de découvrir dans le silence de cette vieille église emplie de secrets et de murmures, l’un des plus célèbres édifices d’Amsterdam habité et habillé temporairement par l’un des plus grands artistes français. Boltanski, qui n’avait pas exposé en solo aux Pays-Bas depuis 1996, se montre infiniment à l’écoute de ce lieu sacré qui l’a inspiré et où il est de passage.

Anne Leray


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« Après », Christian Boltanski, jusqu’au 28 avril 2018, Oude Kerk, Oudekerksplein 23 à Amsterdam, 00 31 (0)20 625 8284. Ouvert tous les jours.

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Une réflexion au sujet de « Art contemporain : Christian Boltanski à Amsterdam »

    Delphine Le bret a dit:
    30 janvier 2018 à 09:49

    Magnifique expo, une très belle occasion de découvrir ce lieu mythique d’Amsterdam. Merci à la Haye des Arts de nous faire voyager dans l’art contemporain au pays-bas.

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