Geneviève Chassé, artiste photo sensible

Publié le Mis à jour le

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Autoportrait |photos © Geneviève Chassé

Installée à Amsterdam depuis 2016, Geneviève Chassé est photographe indépendante, spécialisée dans le portrait. Artiste canadienne inspirée et joyeuse, elle met en lumière la beauté des femmes avec créativité et délicatesse. Rencontre. 

La féminité c’est son sujet. « Quand j’était petite la beauté des femmes me fascinait. Je dessinais des portraits pas très ressemblants mais avec beaucoup de détails. Ma mère me disait que je m’inventais des histoires autour de ces dessins en parlant à voix haute ». Aujourd’hui, Geneviève Chassé a lâché ses croquis d’enfant, mais l’histoire continue, en mode digital à travers l’écran LCD de son appareil photo.

Pour réaliser ses portraits, naturels ou sophistiqués, elle travaille à l’ancienne avec les techniques d’aujourd’hui, combine photographie traditionnelle et outils numériques. Lors des séances photos qu’elle organise dans son studio à Amsterdam, moments de rencontre et de dialogue avec ses modèles, elle élabore des coiffures, soigne les allures, amène les femmes à se délester de leurs postures quotidiennes. Elle les fait respirer, bouger, et sait les guider vers les poses qui leur iront le mieux. « L’idée est de révéler la beauté en restant fidèle à ce qu’est la personne ».

Geneviève Chassé a cette capacité à transformer la timidité en assurance et la retenue en confiance. « Il faut du doigté. Les portraits ont le pouvoir de restaurer l’amour-propre et l’image de soi. J’aime quand les femmes repartent avec un beau sourire, bien dans leur peau, légères. J’aime que les gens se trouvent beaux, ça aide à s’aimer, ça donne un souffle ».

 

Les femmes passées devant son objectif sont manifestement des clientes heureuses. « Je déteste, littéralement et vraiment, me faire prendre en photo. C’est une situation qui me semble toujours artificielle. Une séance photo avec Geneviève, c’est tout autre chose. C’est un moment paisible d’échange et de confiance, où l’on se sent écoutée. Et le résultat vient confirmer ce plaisir », confie Sarah qui a tenté l’expérience l’année dernière.

« Elle a fait des images qui me ressemblent, dans ma simplicité et ma complexité. Geneviève capte ce qui est authentique, rayonnant et beau dans chacune d’entre nous. Avec beaucoup de tact, elle m’a mis immédiatement à l’aise comme si son appareil était transparent, seul comptait le moment », relate de son côté Natacha qui a aussi beaucoup apprécié la rencontre.

 

Le corps est le médium de Geneviève Chassé. Pour l’explorer à travers différentes approches, elle se forme sans cesse. Avec Sue Bryce, photographe néo-zélandaise installée aux Etats-Unis qui l’inspire beaucoup et auprès de qui elle suivra bientôt en nouveau workshop en Italie. Ou, dans un registre plus spirituel, avec Michaela Boehm, détentrice d’une lignée tantrique transmise en Inde de femme en femme, depuis cent ans. « Le corps détient la plupart des secrets ».

La transformation est aussi le dada cette photographe qui aime aller vers la joie et la créativité. C’est ainsi qu’elle a inventé le personnage de Rita, son double anti-glamour pour qui elle éprouve beaucoup de tendresse. Affublée d’une perruque et de vêtements vieillots, Rita est ce personnage dans la peau duquel elle s’offre des performances spontanées, le temps d’une balade dans les rues de Paris par exemple. Cette métamorphose qui ne manque pas d’humour et d’auto-dérision lui permet de devenir quelqu’un d’autre. Elle lance en riant : « C’est tellement libérateur de faire ça. »

 

Geneviève Chassé est née non loin de Montréal, dans une famille de six enfants. « Ce n’est pas une histoire très gaie mes parents. Ils se sont rencontrés très tôt et se sont séparés quand j’avais 6 ans. Ils ont eu cinq enfants en sept ans, je suis la petite dernière, le petit baby boom ! Ma mère s’est occupée des enfants, et mon père, véritable self made man, a repris très jeune les chantiers de son père dans la construction. Il était indépendant, malin et perfectionniste ».

Pour mieux poser le décor de son enfance dans une famille accidentée, elle évoque John Irving et son roman initiatique, The Hotel New Hampshire. « Mon enfance, c’est ce qui m’a forgée. Ma famille n’était pas exemplaire et j’ai toujours voulu donner l’impression que tout allait bien. Maintenant je me détache, la vie est faite de petites tragédies. L’authenticité est devenue ma spécialité, être près de son corps, de ses émotions, de ses sensations ».

 

Artiste multidisciplinaire, elle s’est formée au théâtre, aux arts visuels, à l’histoire de l’art, à la danse, à la musique, au graphisme. « Mon parcours n’est pas rigide » résume-t-elle.Lorsqu’elle vivait à Vancouver, elle a écrit et co-produit un album de quatre titres, Love Affaires, tendance pop éthérée et vaporeuse qui sonne bien. Un disque illustré par deux clips très esthétiques où la sensualité s’épanouit dans l’eau fraîche des ruisseaux, sur un lit d’herbes et de feuilles, ou sur la mousse de la forêt. « Je suis très fière de cet album, nous avons eu de bonnes critiques, on nous a même comparés à Cocteau Twins ».

L’aventure s’arrête avec un départ pour l’Allemagne en 2012. « Mon ego n’a pas pu être caressé par le succès de cet album ». Mais la musique continue dans ce nouveau pays où elle est de passage. « Chacun avait son métier et on faisait des concerts le soir, j’étais dans un bain de blues, de jazz, de rock et de funk. J’aime improviser, être dans le moment présent, je ne sais pas comment je vais terminer une note quand je la commence. Cela se passe dans le corps, je projette ma voix plus que je n’essaie de faire de bons sons avec de la technique ». Le corps, encore, et la spontanéité.

 

En arrivant aux Pays-Bas en 2016, Geneviève Chassé met la musique en sourdine, le temps de réinstaller son studio de photographie dans une nouvelle ville et de se construire une nouvelle vie. Mais aujourd’hui le son semble vouloir revenir au galop dans son existence. « Je suis maintenant prête à réintégrer le chant » confie-t-elle. Quant à Amsterdam, elle s’y sent comme un poisson dans les eaux des canaux. « J’ai tellement à apprendre ici, il y a des choses qui se passent, c’est alternatif, moderne et progressiste ». 

Une belle personne, une femme heureuse.

Anne Leray

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