Rotterdam : l’hyperréalisme peut être hyper troublant

Publié le Mis à jour le

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Dans l’exposition, fausse dame et vraie petite fille | Rotterdam (photos ©AL)

Jusqu’aux premiers jours de l’été, le Kunsthal de Rotterdam met en scène cinquante ans de sculpture hyperréaliste. 35 oeuvres y déclinent un mouvement qui a toujours cours aujourd’hui. Une première aux Pays-Bas. 

50 ans d’hyperréalisme en 3D. Au Kunsthal de Rotterdam, les grands noms du genre jouent avec les échelles et avec nos représentations, faisant parfois preuve d’une précision clinique. Le nouveau-né géant de l’Australien Ron Muek, 5 mètres de long, est l’une des sensations fortes de la visite. 

Kitch, poétiques, tendres, inquiétantes, ces créatures se mettent à dialoguer via l’événement qui leur vaut d’être rassemblées. Des personnages qui sont aussi factices qu’ils ont l’air vrai, aussi inertes qu’ils semblent vivants. Pas de poitrine qui se soulèvent sous l’effet d’une respiration et un regard fixe qui empêche de voir au fond des yeux. 

Figés dans une action, une posture, une situation, ces authentiques copies nous accordent le droit de les scruter et de les photographier comme peu de vivants ne le ferait. Socialement, un regard trop insistant finit en principe par se faire remarquer. Pas ici. Nous avons affaire à des objets, l’interaction ne s’active pas.

Ces êtres synthétiques façonnés par des artistes aux techniques élaborées nous invitent à les dévisager sans gêne ni restriction, à voir de près l’imitation confondante de l’humain, carnation, peau, plis, texture, veines, cheveux, grains de beauté. La nudité, assez récurrente dans l’exposition, jusqu’à être très détaillée, peut virer à une leçon d’anatomie très attractive. 

Effet miroir face à ces enveloppes vides qui nous racontent et dont on s’attendrait à ce que certaines prennent soudain vie. L’insolite chorégraphie de nous autres visiteurs – voyeurs, examinant sous toutes les coutures ces répliques d’humanité, assaisonne le spectacle. Entre art et sciences, ce cabinet de curiosité est bluffant, troublant, grinçant.

Anne Leray

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Jusqu’au 1er juillet au Kunsthal Rotterdam. Avec Ron Mueck, George Segal, Duane Hanson, John DeAndrea, Juan Muñoz, Maurizio Cattelan, Berlinde la Bruyckere, Sam Jinks et Patricia Piccinini, Paul McCarthy…

 

 

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